Bonjour Kenya


Lundi, 2 septembre 1996

Notre guide se nomme Julien. Beau bonhomme d'une trentaine d'années, il a sillonné l'Afrique de l'Ouest depuis de nombreuses années et s'est lié d'amitié avec plusieurs tribus autochtones. Voyageant seule, je me suis jointe au groupe Aventure qui se spécialise dans des circuits hors des sentiers battus. Notre groupe est formé d'une dizaine de personnes auxquelles se joindront deux cuisiniers dès que nous prendrons la route des parcs nationaux. Chacun de nous disposera de sa propre tente quoique les couples préféreront partager la leur.

L'autobus nous transporte de Naïrobi jusqu'au Parc Masai Mara, une des plus belles réserves animalières du Kenya, pendant une journée interminable sur des routes quasi-impraticables. Le guide a prévu d'arriver tôt afin de nous amener faire notre premier " game run " avant de dresser les tentes : pour rappel, le soleil se lève à 6 h :00 et se couche à 18 h:00 à l'Equateur. On appelle " game run " les excursions en tout-terrain dans les parcs nationaux qui se pratiquent normalement au lever et avant le coucher du soleil puisque les animaux font la sieste pendant les heures chaudes de la journée. Mais notre autobus s'est enlisé dans la boue en plein Parc et nous avons dû faire notre première entorse aux règlements du Parc. En effet, il est absolument défendu de sortir des véhicules à l'intérieur du Parc. Ce sont les animaux qui sont en liberté et pas nous! Mais comment s'y prendre pour pousser un autobus dans ce cas? De toutes façons, ces efforts ont été inutiles et il nous a fallu attendre des secours pour nous sortir de cette impasse. Arrivés à destination, nous avons dressé nos tentes pour la première fois à la noirceur, à l'entrée du Parc. Pour délimiter le périmètre du Parc, pas de barrière mais plutôt un ruisseau.

Le lendemain matin, 6h:00, game run. Beaucoup d'animaux dans le Parc. Des centaines de gnous et de gazelles (Thompson, Impala et Topi), plusieurs dizaines de zèbres très gracieux, trois lions magnifiques, cinq adorables guépards, quelques girafes majestueuses, des autruches, des éléphants et des phacochères. Nous avons aperçu des vautours qui se repaissaient de leurs proies, après le passage des hyènes. La savane est splendide!

En après-midi, nous sommes allés à pied visiter un village Masaï. Les maisons sont fabriqués en bouses de vache séchées et sont placées en cercle autour duquel des arbustes rachitiques forment une haie : protection plus qu'aléatoire contre les animaux sauvages! Les femmes autochtones ont d'énormes trous dans leurs lobes d'oreille; quelques-unes y ont passé des bouts de bois. De là, nous avons vu un troupeau de gnous émigrer vers le Serengeto, Parc National de Tanzanie qui jouxte le Parc Masai Mara. Hallucinant!

Ce soir, huit Masaï sont venus danser pour nous leur danse traditionnelle, puis James, l'un deux, nous a entretenu des traditions de son peuple.

Mercredi, 4 septembre 2009

Hier soir, nous avons fait un feu de camp à la québécoise. Toute la bande était là avec Julien, les cuisiniers, le chauffeur et un Masaï, notre " gardien ". Soudain, un autre Masaï est accouru et a entamé une conversation animée avec son compatriote. Julien qui comprend leur dialecte mi-africain, mi-anglais, nous a annoncé qu'il pourrait y avoir un lion qui se promène aux alentours… Sans blague! C'est pas un petit minou, ça!!!

Julien et les deux Masaï décidèrent de partir à la recherche du félin. Deux hommes de notre groupe leur emboîtèrent le pas. Moi, je me disais : " C'est pas réel! Mais, qu'est-ce qu'ils font? Ils sont fous ou quoi? Aventure pour " Aventure ", je dois y aller. C'est pas tous les jours que ça va m'arriver! " Je me munis de ma lampe de poche et je les suivis, toute excitée.

Nos deux Masaï étaient soit disant " armés ": une simple cane en bois d'une vingtaine de pouces se terminant par une protubérance en forme de boule, en bois aussi. J'imagine que si on reçoit cela sur le crane, on doit voir plusieurs chandelles! Mais contre un lion, l'efficacité de ce moyen de défense me semblait des plus douteux…

Nous arrivâmes à un campement d'Afrikaners quelques 150 pieds plus loin. Bien non, c'était pas des blagues! Ils venaient d'apercevoir le gentil chat passer devant eux. On appris qu'il y en avait quatre, en réalité, qui avaient traversé le ruisseau délimitant le périmètre du Parc. On m'expliqua qu'à cause des pluies abondantes des derniers jours, le ruisseau était devenu trop profond et les animaux échappés ne pouvaient plus retourner au Parc. Allez comprendre quelque chose à cette explication!

En tout cas, ce n'était plus du tout amusant. Notre groupe a battu en retraite. Et Julien philosophait : " Moi, ça ne m'angoisse pas de mourir. Je suis toujours prêt. " Ouais… Pas moi!!! Puis Julien a ajouté pour nous rassurer : " Les Masaï qui gardent notre campement feront diligence ce soir ". Un des deux hommes qui nous accompagnaient, un vrai pince-sans-rire celui-là, a marmonné : " Que peuvent-ils faire, avec leur petit bout de bois? " Très perspicace !

On a finalement réintégré notre campement en une seule pièce. Aucun minou à l'horizon. Tout le groupe est alors parti se coucher, chacun dans ses tentes individuelles. C'était pas vraiment la nuit appropriée pour une personne qui a bu plusieurs bières, disons, et qui doit sortir de la tente pour soulager des besoins naturels…

Jeudi, 5 septembre 2009

Autre soirée, autre feu de camp. Les distractions nocturnes sont limitées dans la savane, exception faite du jeu de la poursuite du lion! Lors de notre visite au village masaï lundi après-midi, nous avions fait la connaissance du sorcier du village qui nous avait promis de venir nous éblouir un de ces soirs par la démonstration de ses pouvoirs magiques. Cela promettait un changement notable avec les démonstrations de Tupper Ware!

Le sorcier arriva donc et, tout fier de lui, commença le jeu de : " Pouvez-vous faire ça? " Pour les petits blancs blasés que nous étions, ses trucs et attrapes un peu grossiers n'arrivaient pas à susciter un intérêt passionnant. Alors que nous applaudissions poliment un " tour de magie " que le sorcier avait exécuté, un gars du groupe prit la parole et lança :

- Moi, je connais un truc que tu ne peux pas faire!

Du coup, il enleva ses dentiers.

La peur et l'incrédulité se peignirent sur les traits de notre sorcier. Sa chaise fit un bond de deux pas vers l'arrière. Le pauvre bougre mit ses mains à sa bouche et essaya d'en faire autant… Ce fut le délire. Une autre personne enleva ses verres de contact. Et encore là, personne n'avait de perruque, ni de faux-seins (enfin, ça, c'est pas prouvé…), ni de jambe artificielle à lui montrer…

Vous comprendrez que nous n'avons jamais voulu nous moquer de nos amis de cette tribu qui nous ont accueilli si chaleureusement et qui sont des gens très fiers. Notre hilarité était teintée d'une prise de conscience. Celle du choc des cultures : notre monde factice confronté avec celui d'un mode de vie si près de la terre et de la nature.

Samedi, 7 septembre 1996

Jeudi, nous sommes allés faire un game run au Parc du Lac Nakuru où des milliers d'élégants flamands roses se sont déployés devant nos regards fascinés. Une mer d'oiseaux à perte de vue! Quel spectacle! Nous avons vu également des rhinocéros, des buffles, des water buck et des grivets (espèce de singe). J'adore les singes!

Nous sommes arrivés hier au Lac Turkana, aussi appelé " La Mer de Jade ". Il nous est apparu ainsi, comme un bijou se détachant sur la région désertique. Cependant, quand on l'approche, on constate avec dépit son eau brunâtre et opaque. Cette région très isolée est située à la frontière de l'Éthiopie. Pour s'y rendre, il faut atteindre la ville la plus au nord du Kenya, Lodivar, après quoi nous devons traverser des paysages semi désertiques pendant au moins une heure et demie sur une route de terre. Les paysages sont magnifiques : plusieurs dunes de sable, des termitières géantes. Nous avons croisé plusieurs chameaux et chèvres.

Ici, c'est le fief des Turkanas, peuple de nomades qui tire leur principale subsistance de la culture du bétail. Les femmes arborent plusieurs colliers multicolores superposés. Les enfants portent des vêtements américains et européens qui proviennent de dons divers. C'était la fête au village. Ils attendaient des touristes (nous!) à qui ils espéraient vendre leurs babioles. Ils nous demandaient des t-shirts. Nous avons été surpris par les vestiges d'un Club Med situé sur la grève qui a été abandonné depuis belle lurette : les touristes ne viennent pas ici! Nous sommes les seuls blancs à des milles à la ronde!

Aujourd'hui, journée de farniente; d'ailleurs, chaque mouvement est susceptible de nous faire transpirer. Il fait une chaleur torride et l'eau du lac est plus chaude que tiède. Ce lac immense a 250 kilomètres de long. Des palmiers sont plantés ça et là sur une mer de sable. Nous aimerions plus que tout piquer une saucette, mais qui oserait s'aventurer dans un lac où se trouve la plus grosse concentration de crocodiles au monde? Et où, de plus, il est impossible de les repérer à cause de la couleur de l'eau qui est d'un noir d'encre ? On a bien tenté de nous rassurer en nous signalant que les reptiles carnivores ont leur quartier à environ 10-15 kilomètres du campement. Seuls, les autochtones s'ébattaient joyeusement dans l'eau!

Jeudi, 12 septembre 1996

Nous avons campé mardi soir à Saïa Swamp. Comme son nom " swamp " l'indique, c'est un marécage, mais c'est aussi un sanctuaire d'oiseaux. Il y a un sentier qui mène à une passerelle d'observation située à un kilomètre où nous rencontrons en chemin de jolies gazelles et des singes très amusants, mais il faut faire très attention car il y a aussi des pythons! Et ce n'est pas tout.

Julien nous a bien averti de vérifier chaque centimètre carré du sol où nous installions notre tente pour ne pas la dresser sur une fourmilière. En effet, il y a profusion d'énormes fourmis rouges très voraces et autres insectes. A quatre heures du matin, j'entends soudain des cris dans la nuit. Je me précipite dehors pour voir un couple de voyageurs traumatisés dont la tente et les sacs de couchage avaient été investis par une colonie de fourmis! Quelle horreur!

Mercredi, nous avons fait un stop à la ville d'Eldoret. J'ai opté de laisser le groupe pour explorer seule les rues avoisinantes. Après avoir effectué quelques achats, je me suis arrêtée pour manger une bouchée et écrire quelques cartes postales. Bizarre impression d'être la seule personne blanche dans le restau!

Ce soir, nous avons élu domicile au Lac Baringo, rendu célèbre pour l'observation de ses hippopotames. Là encore, ce ne fut pas une nuit de tout repos… Un bruit fracassant mais continu me tira de mon sommeil. " Mais qu'est-ce c'est, mon Dieu? " Je n'osais pas mettre le nez dehors, c'était là tout à côté de la tente! Le temps passait et le bruit persistait. Prenant mon courage à deux mains, j'osai ouvrir un pan de mon habitacle pour apercevoir ici et là des hippopotames RESPIRER! Julien avait omis de nous informer que ces mammifères qui passent leur journée dans l'eau à cause de leur peau trop sensible vont prendre l'air la nuit sur le plancher des vaches!

Vendredi, 13 septembre 1996

Aujourd'hui, une excursion en barque était au programme. L'embarcation en question avait sans doute connu des jour meilleurs! C'est ainsi que nous nous sommes approchés des hippopotames et que nous avons pu constater qu'ils faisaient bon ménage avec une famille de crocodiles. Puis, nous avons piqué sur une île au large. A un certain moment, l'orage s'est mis à gronder, le vent s'est levé, les vagues faisaient tanguer le bateau et l'écume nous aspergeait, mais ce mauvais temps ne semblait nullement émouvoir notre accompagnateur et son acolyte qui continuaient de ramer comme si de rien n'était. Quelques-uns de nous avons revêtu nos ceintures de sécurité; personnellement, je me suis fait la réflexion que j'aimerais mieux mourir noyée qu'engloutie par un croco!

Au début de l'après-midi, nous avons pris le car pour une des destinations les plus attendues du safari, c'est-à-dire le Parc Samburu. Nous nous sommes arrêtés en chemin à Suguta où c'était jour de marché. Là encore, grâce aux relations de Julien, nous étions les seuls blancs au village. Je ne me souviens plus trop des denrées qui étaient exposées sur les étals, car j'étais trop fascinée par l'aspect des gens de cette tribu. En effet, les Samburu sont flamboyants, leurs cheveux sont tressés, ils portent des paréos multicolores, se maquillent de teintes ocres et arborent fièrement plusieurs colliers. Ils sont un peu moins grands que les Masaï dont la taille atteint facilement deux mètres.

Au début de ce circuit, on nous a bien averti qu'il était défendu de photographier les habitants du pays; ceux-ci croient que ce faisant, on vole une partie de leur âme. Cette interdiction peu paraître étrange à priori, mais même si elle n'existait pas, je n'aurais jamais osé le faire; je trouve cela grossier et impoli, un peu comme si on photographiait des animaux dans un zoo!

Deuxième arrêt, cette fois-ci au campement de la tribu. Évidemment, les indigènes sont très contents de nous voir, comme au Lac Turkana. Ils s'approchent de nous, nous serrent la main, nous invitent dans leur hutte et surtout nous font valoir, à grands renforts de gesticulation et de sourire, la qualité de leur marchandise. L'argent américain est très prisé! Nous comprenons que c'est la carotte que Julien a agité pour que toutes ces tribus autochtones permettent la venue de petits blancs sur leur domaine. Je repars avec une énorme lance qui peut heureusement se défaire en trois parties!

Nous campons à Maralal et nous atteindrons le Parc Samburu demain. Il fait froid, on gèle. Je n'aurais pas cru cela possible, dans une région située à côté de l'Equateur. Et puis, c'est lassant de toujours dresser et démonter les tentes, à tous les jours ou tous les deux jours. Une douche chaude dans un hôtel avec un vrai lit m'apparaît comme le summum du confort, quand je parviens à m'endormir.

Samedi, 14 septembre 1996

Le Parc Samburu! Lorsque nous sommes arrivés aux abords du Parc hier, Julien nous a révélé qu'il y a environ un mois, un car de touristes qui s'y dirigeait s'est fait attaquer par des Somaliens qui ont délesté les occupants de leur argent et bijoux et qui ont ensuite tué le chauffeur! Il nous a fait évidemment cette confidence alors que nous ne pouvions plus reculer!…

Ici, nous sommes les invités des animaux, car c'est dans leur habitat que nous avons planté nos tentes, plus précisément dans ce qu'on appelle une forêt-galerie. Une rivière court en plein milieu de la savane et crée par le fait même une explosion de verdure de chaque côté. C'est très joli. A peine sorti de l'autobus, nous avons été accueillis par une colonies de babouins. Nous avons ri aux éclats. Avouons quand même que c'était un peu moins drôle plus tard quand nous avons défait nos bagages et que les singes se précipitaient pour chaparder la nourriture! Et puis, il fallait faire attention pour ne pas marcher sur les crottes d'éléphants. En s'installant près du point d'eau, nous pouvions observer une grande variété d'animaux venir s'y abreuver.

Aujourd'hui, pendant nos game run, nous avons admiré plusieurs animaux : un très beau léopard avec ses petits, des generuks (genre de bouc), une multitude de pintades très mignonnes, des girafes réticulées (dont les dessins sur la robe sont en forme géométrique au lieu des rosettes), des crocodiles (encore!), des éléphants, des kudus (gros mammifères ressemblant à un bœuf avec de très longues cornes), des dick dick (gazelles miniatures), des orynx, des zèbres de Grévi (plus gros qu'un zèbre ordinaire arborant des oreilles rondes au lieu de pointues), une famille de lions composée d'un male avec ses deux femelles et leurs sept petits, et pour couronner le tout : un guépard et son petit qui dévoraient une generuk tout juste attrapé!

Le soir même, alors que le groupe était réuni après le repas et que tout un chacun y allait de ses commentaires sur la journée, j'ai lancé à la cantonade : " C'est très rassurant cet endroit, avec les crocodiles dans la rivière en face, un passage d'éléphants à côté, quelques mambas dans les arbres au-dessus de nous et une colonie de babouins à l'affût! " Puis je montrai à Julien trois éléphants sur l'autre rive en lui demandant s'ils leur arrivaient de traverser. " Bien sûr ", me répondit-il. Je croyais qu'il se foutait de ma gueule.

C'est cette nuit-là que j'ai eu la peur de ma vie. Nous étions tous couchés depuis une heure quand j'entendis de bruyants clapotis. " Ça y est, me suis-je dit, ils traversent! " J'étais tétanisée à l'idée d'être broyée sous la patte d'un de ces mastodontes. Que devais-je faire? Aller me réfugier dans le camion? Oui, mais si les portes étaient verrouillées? Me préparer à courir un sprint? Ne pas bouger? Puis, le bruit a stoppé. Qu'est-ce qui se passait? Je laissai filer un peu de temps. Plus rien… N'y tenant plus, je me suis mis le nez dehors… pour apercevoir un éléphant qui s'éloignait à quelques mètres de la tente! Sachez que les éléphants ne font absolument aucun bruit quand ils se déplacent au sol.

Mardi, 17 septembre 1996

Repartis dimanche en direction du Mont Kenya, nous avons fait une halte directement sur la ligne de l'équateur. On nous a fait observer un phénomène naturel mais amusant : en plaçant un petit bout de bois dans un tuyau où l'eau s'écoule, on constate qu'à 30 mètres de la ligne dans l'hémisphère nord, il tournoie dans le sens des aiguilles d'un montre, tandis qu'à 30 mètres de la ligne dans l'hémisphère sud, il tournoie en sens inverse, et sur la ligne elle-même, il reste immobile!

Nous sommes arrivés à destination et oh! surprise! il y avait des motels à prix très abordables à côté du camping pour ceux qui le désiraient. Yesss! Je me suis étendue enfin sur un vrai lit, tout en songeant avec délice que j'avais aussi une douche et une toilette propre pour moi seule! Dans l'après-midi, je suis partie à cheval avec un guide me promener dans le " bush ". Puis, nous avons débouché sur une vaste plaine où nous avons galopé pendant un long moment. C'était enivrant! Et puis, j'ai éprouvé une merveilleuse sensation de liberté quand j'ai vu la ligne d'horizon se fondre avec le ciel!

Nous nous sommes levés à 4 :30 hier matin. Au programme : l'ascension d'une partie du Mont Kenya. Je redoutais cette expédition à laquelle je n'étais pas tenue de participer : quatre heures et demie de montée et deux heures de descente. Mais bon, puisque tout le monde vantait les vertus du trekking, je me devais de l'essayer. Méchante idée! Après dix petites minutes de montée, j'étais déjà à bout de souffle et mon cœur battait à tout rompre. (Je suis fumeuse…) Le camion qui nous avait amenés était reparti! Le guide m'a pris en pitié et m'a informée qu'il y avait un chalet pour les gardiens situé à une heure de marche; à vrai dire, je ne sais plus comment j'ai fait pour m'y traîner. Il était 10h :00 et je me suis couchée pour me reposer, mais il faisait très froid. Il s'est mis à pleuvoir à torrent et je pensais au groupe dans les sentiers de la montagne. Ils sont revenus me récupérer vers 16h :00 complètement trempés et grelottants de froid!

Nous sommes maintenant à Naïrobi, une ville laide à faire peur. Sous aucun prétexte, on ne peut se promener dans les rues après le coucher du soleil, c'est extrêmement dangereux. Il faut impérativement prendre le taxi, et là encore, il est préférable que le chauffeur soit recommandé. La première chose que j'ai vue en entrant dans ma chambre est un insecticide qui trônait sur une commode. Charmant endroit!

Samedi, 21 septembre 1996

J'ai 48 ans aujourd'hui. Je suis présentement dans un minuscule avion (20 passagers) qui m'amène à Lamu. Ah! Lamu! Destination incontournable et privilégiée des voyageurs branchés de la faune hippique des années soixante-dix, tel Goa aux Indes et Ibiza en Espagne. J'ai très hâte de voir cette île paradisiaque fortement imprégnée de culture islamique et dotée très belles plages, située un peu au nord de Mombassa, dans l'océan Indien.

Nous avons fait notre dernier game run jeudi au Parc Amboselli. J'étais toute triste et j'ai tenté de fixer sur ma rétine ces paysages grandioses où la ligne d'horizon semble ne jamais finir. J'aime cette impression de beauté, d'harmonie, de calme où on sent plus qu'ailleurs une communion profonde avec la nature. Ici, en Afrique, je me sens bien; j'ai l'impression de relaxer comme jamais auparavant et de vivre au rythme du temps qui passe, sans aucun stress. J'ai donc fait des adieux pénibles aux derniers zèbres, gnous, éléphants, gazelles, girafes, hippopotames et buffles que j'ai admirés, avec l'impression regrettable que ce serait le dernier game run de ma vie…

Pour nous rendre au Parc Amboselli, nous avons traversé de vastes étendues désertiques qui, aux dires de Julien, ressemblent énormément aux paysages du Serengeti, et soudain, j'ai aperçu au travers des tornades de sable au loin … un mirage! On aurait dit une bande d'eau sur la ligne d'horizon. Wow! C'était la première fois que je faisais l'expérience de ce phénomène. J'étais ravie et excitée comme une enfant!

Le Parc a ceci de particulier qu'il se déploie aux pieds du très célèbre mont Kilimanjaro, dont nous n'avons pas pu voir la cime qui se cachait sous une nappe de brouillard. Nous avons néanmoins assisté à un fabuleux coucher de soleil. Le lendemain, la montagne avait pratiquement disparu sous une couche de nuages.

Il ne reste plus que six personnes du groupe, dont deux couples, qui ont choisi de poursuivre leur voyage, par une semaine de farniente à Lamu. Le groupe Aventure loue une maison sur le bord de la plage et j'espère bien qu'il y aura assez de chambres pour que je dispose enfin de mon espace personnel !

Mardi, 24 septembre 1996

Nous avons atterri sur l'Ile de Manda, sur le plus petit aéroport que j'aie jamais vu; la salle d'attente était dehors! Puis, nous avons pris un Dhow (type d'embarcation originaire de l'océan Indien à une voile et souvent équipé d'un moteur) qui nous a conduit jusqu'à la pointe de l'Ile de Lamu, dans une jolie bourgade qui s'appelle Shela et qui ressemble à un labyrinthe avec ses multiples venelles étroites et entrecroisées. Les ânes, les chats, les poules et les coqs en liberté y abondent. Shela est baignée par une plage de sable de 12 kilomètres où souffle régulièrement une brise douce. L'Océan Indien est d'une belle couleur verte transparente et la température de l'eau y est très agréable.

Nous avons établi nos quartiers dans une magnifique et antique propriété bordée de cocotiers et de bougainvilliers, dont la façade est constituée de stuc blanc et les murs latéraux sont formés de billots de bois noir. La maison à trois étages comporte plusieurs alcôves et est coiffée d'un toit en bambou. Mon appartement est très vaste (trois lits!!) et je choisis sans hésitation celui garni d'un moustiquaire puisqu'il n'y a aucune vitre! Il y a une causeuse invitante sur le balcon au-dessus de laquelle une branche de bougainvilliers chargée de fleurs odorantes dispense une ombre bienfaisante.

Les habitants de l'Ile sont musulmans et on y entend les cinq prières quotidiennes. Il n'y a donc pas beaucoup d'endroits où on vend de l'alcool, mais nous sommes situés près de l'Hôtel Péponi qui possède sa licence.

Nous passons nos journées sur la page et allons voir les couchers de soleil en Dhow. C'est fabuleux! Quelquefois, nous nous rendons au " centre-ville " de Lamu, ce qui représente une marche de 30 à 40 minutes. On peut aussi s'y rendre en Dhow, à bicyclette ou à dos d'âne. Il n'y a aucune auto sur l'Ile. Lamu déploie ses rues commerçantes très animées avec leurs restaurants, hôtels et boutiques à ciel ouvert. Le chemin qui relie Shela et le " centre-ville " longe la plage et nous devons tenir compte des marées dans la planification de nos escapades, puisqu'à marée haute, le sentier a disparu dans l'océan !

Vendredi, 27 septembre 1996

La semaine à Shela n'aurait pas pu s'achever de plus belle façon que l'expédition en mer que nous avons fait hier et qui a duré environ douze heures.

Vers 4 h:30 du matin, nous avons embarqué dans un dhow afin d'admirer un splendide lever de soleil. Nous avons emprunté un long canal qui longe, d'une part, le continent, et d'autre part, l'île de Manda. A la saison des pluies, des éléphants quittent le Kenya pour trouver refuge sur cette île. C'était la première fois que je voyais des palétuviers, ces arbres qui plongent leur racine dans l'eau, et des baobabs, dont on dirait que le tronc pousse à l'envers. Vers 7h :00, en débouchant sur l'océan, nous avons jeté l'ancre une petite heure pour pêcher. Nous nous sommes dirigés ensuite vers des récifs de coraux pour plonger en apnée. C'était très beau; beaucoup de poissons bleus et jaunes, et d'autres mauves et de magnifiques coraux. L'eau était chaude, parcouru de courants froids.

Nous avons ensuite hissé la voile et vogué vers l'Ile de Manda mais le guide n'a pas mouillé où il voulait et nous avons abouti sur une plage privée italienne très sélect où nous nous sommes fait chasser! Puis, nous avons repris la mer et sommes arrêtés dans un bush, à la recherche d'un coin à l'ombre. Notre guide a allumé un feu pour faire cuire le riz et un bouillon de poisson et de tomates, le tout parfumé aux épices. Avec la braise, il a fait griller du snapper et du baracuda. C'était très bon mais aurait été délicieux, s'il n'avait pas oublié le sel! Nous sommes rentrés à Shela vers 16 :00.

***

Et voilà, ce mois passé en Afrique était déjà terminé. Le temps a passé si vite!


© 2009 - Ginette Tremblay



Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel.com/copains
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