Dépaysement (fantaisie)

     Je traverse de mes doigts de verre

     les cristaux de givre captif de l’eau

     je peux dessiner le vent que boivent

     et qu’empruntent les gibiers de la nuit.

     La mer est une plaie ouverte

     à la frontière de tous les horizons

     vide visage strié de cicatrices

     lèvres suturées accusatrices.

     Le soir noir du silence se déforme

     tels des mots fous tissés pêle-mêle

     surpris mon cœur bondit dans ma main

     il erre au bout des bras de la lumière.

     Des aveugles vides des veilleurs qui veillent

     épousent des absences d’azur recourbé

     où flottent de froides étoiles noires.

     Armées des caresses du temps occulte

     de jeunes dents mordent dans la neige

     épandue dans la paume des pistes. 

     Je porte nu le pollen futé des futaies

     à travers le sang des anges ensanglantés. 

©Marcel Lemoyne


Extrait du livre LES CRIS QUI SE TAISENT
Les Éditions pour tous




Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel.com/copains
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