La feuille morte

     Il pleure des cris au seuil de ton ventre

     Et dans les ravins des étés cassés.

     La nuit s’est tue dans les soirs de ton antre

     Ainsi qu’une voix aux mots fracassés.

     Tu peux labourer la folie des songes

     Sur les mémoires par-delà les mers.

     J’épelle tes yeux; tes printemps prolongent

     Les pluies à venir, les frimas amers. 


     La chair absurde de la feuille morte

     Adossée au mur, invente le vent.

     L’insensée de feu rampe sous la porte

     Pour se replier tout en survivant,

     Goutte parfumée, rougeur inutile

     Où s’engourdissent les ors gris du temps.

     L’air sur tes lèvres survit, mais mutile

     Ta mort, tes odeurs, ta nuit tout autant. 



©Marcel Lemoyne
Aux équilibres du vide, page 23




Source: Le village virtuel des 50 et plus
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