Aux Iles de la Madeleine
Le destin ou le hasard? Dois-je m'écouter?
Voir les Îles de la Madeleine, y vivre et mourir, voilà ce que je ressens en y arrivant. Nous sommes le 15 août 1988 et la température est parfaite. Entourées par la mer, où que nous soyons, c'est l'éblouissement. Accompagnée par ma fille Kathleen, je me sens revivre. L'Auberge nous accueille comme les vrais Madelinots savent le faire. Des tours guidés sont organisés pour la clientèle et nous retrouvons plusieurs passagers de notre envolée inscrits aux randonnées sur les îles.
Les liens se tissent rapidement et nous sommes tous heureux d'être sur la même goélette pour visiter l'Île d'Entrée.
Un peuple restreint (100 à 125 habitants) vit sur cette immensité, voilà ma première impression. De beaux enfants blonds comme les blés se baladent en tout-terrain, ils sont heureux et savourent cette plénitude du temps au ralenti.
Ce jour-là, un personnage du groupe attire un peu plus mon attention. Il réserve un siège près de lui pour la mère de Kathleen, dit-il. La traversée sera très agréable; grand communicateur, il sait attirer l'attention de tous. Son regard posé sur moi, accompagné de sa ciné-caméra me rend un peu inconfortable, je feins de laisser paraître l'inconfort et le plaisir à la fois.
Jovial et conquérant, il m'attire comme un aimant. Est-il possible que quelqu'un me rende aussi vulnérable? Heureusement que ma fille m'accompagne. Il n'est pas dans mon intention de renchérir sur mes chimères de femme en manque affectif.
Un soir, durant la tournée des bars (une activité hors du commun), nous sommes tous invités par le propriétaire de l'Auberge à visiter tous les bars dans chaque île et ce, aux frais du proprio. C'est à ne pas manquer, mais, pour moi, la joie de participer à cette tournée ce n'est pas la visite des bars, mais la découverte des us et coutumes des gens dans leurs loisirs : chanter, danser et jouer de la musique.
Sur le répertoire des îles
Dans l'autocar qui nous trimbale avec les musiciens à l'arrière, l'ambiance est au beau temps pour s'amuser. Les musiciens, assis sur les caisses de combustible désaltérant, nous entraînent dans une ambiance inconnue. La soirée de théâtre et de danse combinés fait en sorte que, sur le plancher, deux personnes restent assises : Marcel D. et moi-même.
J'ose ce que je n'ai jamais osé : lui demander de danser avec moi. Est-il heureux? Je crois que oui puisqu'il se lève spontanément. Il m'offre un verre, j'accepte, le déguste et je retourne à ma chambre aussitôt. Je me trouve très osée et le regrette légèrement. Enfin, je me suis fait plaisir, après tout. Durant la virée des bars, ce monsieur avait pris soin de nous faire signer son livre souvenir afin de faire parvenir des photos à tous ceux qui en désiraient. Ma fille lui donne notre adresse sur sa demande. Nous recevons les photos auxquelles une invitation est attachée. Notre cameraman veut réunir quelques personnes du groupe de vacanciers des Îles pour un souper dans un chic restaurant.
Je me fais un honneur d'y assister seule, puisque ma fille ne peut se joindre à nous. Je suis très heureuse et involontairement anxieuse de le revoir, ce Marcel. Avant de me rendre à ce rendez-vous, je passe dans une boutique pour me toiletter un peu.
La vendeuse me fait une remarque pertinente en me regardant essayer un joli petit béret. Elle dit spontanément: «Vous avez certainement un rendez-vous galant, madame, pour être aussi rayonnante.» Je prends mes achats et mes jambes à mon cou pour quitter le magasin le plus rapidement possible. Comment peut-on me découvrir ainsi? Les yeux parlent dans ces précieux moments. Je me juge, mais j'espère plaire à ce bel inconnu, ou presque.
C'est l'évidence même, les gens présents connaissent son intention. Il tenait à me revoir et c'était une mise en scène pour arriver à ses fins en invitant d'autres personnes. Bouleversée de l'accueil, je crois chavirer. Qu'il est doux ce sentiment de ressentir qu'un homme se donne tout ce mal afin de me revoir, entouré d'amis par surcroît. Il m'a demandé tout simplement de l'aviser si un jour, je devenais libre. Futé, il avait bien saisi que mon couple battait de l'aile lors de nos vacances.
J'avais peut-être besoin de cette phrase pour prendre une décision que je mijotais depuis longtemps. À mesure que notre amour grandissait, le courage de prendre mon envol augmentait, évidemment. Je n'ai plus résisté à mes craintes et à mes angoisses. La force et la perspective d'une vie meilleure me portaient, me donnaient des ailes. C'était bien encore l'amour. Une espèce de magnétisme nous enveloppait tous les deux et, inséparables nous sommes devenus.
Possédant un bon emploi et quelques économies grâce à la vente de notre maison, je ne ressentais aucune réticence à vivre seule dorénavant. Je me sentais prête et convaincue de ma décision. J'ai consulté une avocate et j'ai informé mon mari et mes enfants de mon intention. Ensuite, je me suis loué un appartement et j'y ai emménagé en juin 1988.
Cependant, il m'était impensable de revivre à deux en permanence; en moi bouillonnait trop d'animosité et de perturbations. Je me devais de prendre une distance sur la vie en couple; je n'avais plus le courage des négociations, des concessions et des grands débats d'idées.
Je voulais vivre tout simplement et respirer à pleins poumons. Aimer et être aimée, mais à distance, ce qui convenait bien puisque mon nouveau copain demeurait dans une autre ville. L'occasion rêvée pour l'harmonie tant désirée. Adieu les contraintes et l'abnégation.
Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel.com/copains
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