Notre mariage


La cérémonie fut célébrée par l'abbé Raoul Gagnon, directeur national de l'Adoration nocturne (celui-ci fut assassiné en République Dominicaine dans les années soixante).

Nos deux familles étaient réunies pour l'occasion et les amis adorateurs concélébraient. Pierre Martineau touchait l'orgue et il nous a impressionnés par son talent de musicien. Mon père était absent, mais comme ce n'était pas un suiveux dans les grandes occasions, je n'en étais pas offusquée. Je me sentais bien et légère dans ma décision ce jour-là.

Nous avions tout bien planifié : notre logement était tout frais peint et meublé convenablement, notre voyage avait été planifié par Bernard et notre repas choisi et réservé par moi. Il fut servi au Léo B.B.Q. dans le nord de la ville de Montréal à 1,25 $ le couvert. La réception m'avait coûté 55 $ pour trente-cinq personnes. Une aubaine et peu de cérémonie.

Nous nous sommes mariés à neuf heures le matin et nous prenions l'avion à Dorval vers 13 h 30. Nos valises étant toutes prêtes, nous disposions d'un peu de temps à accorder aux invités. Je tenais à les accueillir dans notre petit logement - un trois et demie - au bord de la rivière des Prairies, sur la rue Durham dans le quartier Ahuntsic de Montréal. J'ai lancé mon bouquet à ma mère avant d'entrer chez nous.

Ce jour-là, j'ai constaté de l'impatience de la part de mon mari face à nos visiteurs. L'invitation, c'était mon initiative. Il ne fallait pas être en retard à l'aéroport évidemment! Quelques membres de nos familles nous ont accompagnés à l'aéroport.

Lorsque je suis montée dans l'avion qui nous amenait à Moncton, sur la dernière marche de l'escalier, je me suis retournée et j'ai aperçu ma mère, mon frère Alfred et ses deux enfants qui semblaient tous bien tristes. Devant mon mari stoïque, j'ai compris qu'il me fallait sécher mes pleurs. J'avais tellement pleuré lorsqu'il était venu me chercher à Inverness avec son beau-frère Jean, deux semaines auparavant. J'avais pleuré jusqu'à Montréal. J'étais inconsolable de laisser mes neveux, mon frère et ma mère déjà malade, souffrant d'urémie.

Une parabole me revint à la mémoire: «Tu quitteras père et mère pour t'attacher à un seul être, Dieu ou ton mari pour la vie.» Mon mari était cet homme qui venait de démontrer bien peu de chaleur humaine envers moi, les membres de ma famille et nos invités. Ma recherche sur le genre d'homme que je venais d'épouser ne faisait que débuter.

Notre avion atterrissait à Moncton vers 17 h 30. Cette ville est triste et elle l'est devenue davantage lorsque nous sommes arrivés à l'hôtel, situé près de la cour de triage des wagons de chemin de fer. Comme je n'avais pas participé au choix de notre séjour, j'ai retenu mon opinion. Ce n'était que pour un seul soir après tout, ce n'était qu'un transit puisque, le lendemain, nous prenions le train vers Pugwash, en Nouvelle-Écosse. C'était la raison du choix de l'hôtel.

Notre nuit de noces Après le souper et la grande toilette, croyant poursuivre mon rêve de princesse séduite par son prince charmant, j'avais bien hâte d'enfiler mon bel ensemble de lingerie féminine : petite jaquette au bustier brodé rose sur rose, soutenu par deux bretelles de cordon, complété d'une jupe vaporeuse opaque doublée de nylon transparent identique à fermoir. C'était très joli et il m'allait à ravir, mais, hélas, il n'a pas fait grande impression! Croyez-vous que j'ai eu le temps de séduire mon nouvel époux dans mes atours féminins? Je laisse mes lecteurs deviner…

Il faisait une chaleur torride dans cette chambre peu aérée. Comment supporter des vêtements de ce genre par un temps pareil et comment résister au désir de la rencontre charnelle? Se découvrir au naturel dans nos désirs et nos gaucheries dans l'initiation sexuelle fut une tâche de longue haleine. Il était mieux de ne pas se décourager à prime abord.

J'ai passé la nuit sur la douillette du lit, sur le balcon, pendant que Bernard dormait paisiblement sur le matelas du lit dans la chambre. Le beau pyjama rouge brodé que je lui avais offert est demeuré plié sur la table de chevet, il ne portait jamais cela pour la nuit, il préférait une petite culotte boxeur. Ah bon! J'avais oublié de m'informer. J'aurais dû le lui demander avant et, par le fait même, lui demander aussi s'il aimait les vêtements vaporeux en nylon, cela m'aurait coûté moins cher pour mon budget nuptial. Tant de «j'aurais dû». J'ai commencé à réaliser qu'il manquait de communication dans notre couple. La romance de la nuit de noces venait de prendre fin. Je me suis toujours posé des questions au sujet du mythe concernant la fameuse nuit de noces. J'ai eu la chance de me reprendre dans mon exploration et mon ajustement, bien plus intéressants que cette première nuit, ratée par ignorance. «Si je me remarie un jour, ce sera en hiver.» Voilà ce que j'ai retenu de cette expérience torride!

Notre voyage de noces en Nouvelle-Écosse

Notre destination en Nouvelle-Écosse était un petit village qui représentait, pour Bernard, un attrait hors du commun. C'est là où s'étaient réunis les grands scientifiques du monde l'année précédente. Fouler le même sol que ces hommes extraordinaires provoquait chez lui une sensation très chimique; représentant dans le domaine des sciences, il en éprouvait un bien-être sensoriel.

Il avait réservé, selon la publicité, dans une petite auberge du village située près de la mer et nous devions y passer notre séjour. Nous avions hâte d'y arriver et heureux de nous retrouver loin des triages ferroviaires que nous avions entendus la nuit précédente.

Arrivés à Pugwash, le chauffeur de l'auberge nous amène à destination, vers la fin de la journée; le temps est sombre pour 7 h 30 du soir. Tous deux croyons à une grande erreur sur l'endroit réservé. Nous pensons que l'aubergiste, n'ayant plus de place, nous y logeait pour la nuit. Le chauffeur propriétaire arrêta devant un dépanneur restaurant un peu délabré et nous invite à s'installer en haut du dépanneur. La chambre est tellement exiguë que le lit est collé au mur; il faudra passer l'un par-dessus l'autre pour se déplacer. Agréable en voyage de noces, peut-être me direz-vous. L'ameublement est aussi restreint que le lit : une chaise, un minuscule bureau et un lavabo. En prime, l'odeur de cigare provenant du dépanneur en dessous qui nou

Une erreur magistrale, cela va de soi! Déçus, et très fatigués, nous nous endormons, ou plutôt, Bernard s'endort. Moi, je suffoque dans cette chambre minable sans air et sans balcon. J'attends la lumière du jour avec impatience pour voir la mer, ce sera la première fois que je la verrai. Je me console de la chambre avec l'espérance que demain, je me baignerai et j'oublierai ce mauvais cauchemar.

La levée du jour est lente et, par surcroît, il y a de la brume. Je vois des équipements lourds autour d'un édifice qui ressemble à celui de mon enfance dans mon petit village. Je dois avoir des visions, il est certain que deux nuits sans sommeil me font halluciner.

Je regarde dormir Bernard et je me demande ce qu'il en pensera, lui, le gars de la ville. C'est certainement un beau gros moulin à scie, gigantesque, près de la baie qui nous amène à la mer. Deuxième consolation, la mer n'est pas très loin, puisque je vois la baie. Que j'ai hâte qu'il se réveille pour visiter tout autour. Il doit être magnifique ce village et, pour ce qui est de la chambre, tant pis, nous en trouverons une autre, cela va de soi.

Enfin, nous partons déjeuner à l'unique endroit du village où l'on peut manger, c'est-à-dire au dépanneur du dessous, puis nous sortons enfin visiter les alentours. Où es-tu, Atlantique tant attendu? Tu te caches à merveille sous la brume. Hélas! Le soleil nous montre une modeste rivière avec pour seul attrait un moulin à scie aussi vrai que la statue de la Liberté.

Adieu le sol foulé par les scientifiques! En plus, la mer a disparu. D'un commun accord, nous prenons la décision de partir, mais pour aller où? «Voilà une publicité bien orchestrée», me dis-je. Un souvenir tangible surgit dans la mémoire de Bernard. Il m'avait raconté son voyage à bicyclette en solo en Nouvelle-Écosse, quelques années avant notre rencontre. La famille Ghisholm était propriétaire d'un manoir ancestral à Great Village, près de Truro, il avait logé à cet endroit et en était enchanté. Après les expériences des deux derniers jours, ce serait trop beau que nous nous y retrouvions, d'ailleurs il m'en avait parlé pour passer notre semaine en nouveaux mariés. L'endroit n'étant pas près de la mer, c'était l'inconvénient que nous voulions éviter.

Un coup de fil après notre premier déjeuner et hop! nous partons pour Great Village par train. Heureux tous les deux, nous serons loin de la mer, mais cet objectif était tombé comme par enchantement.

Monsieur Ghisholm vient nous chercher à la gare en après-midi et nous amène dans ce domaine pittoresque où la campagne est complice de notre tranquillité, du bon accueil, de la nourriture excellente et une chambre avec meubles antiques et baie window sur les grands espaces. Nous y sommes demeurés huit jours, ravis de ce beau séjour en amoureux.

Déception et contentement venaient de prendre fin. Nous retournons à Moncton reprendre notre avion, tous deux reposés et prêts à entamer notre quotidien dans notre beau petit trois et demie à Ahuntsic, au 1091 de la rue Durham. Nous habitions à trois ou quatre rues du domicile de Maurice Richard, grand joueur de hockey en pleine gloire et étions voisins de Pierre Valcourt, le beau Guillaume dans la famille Plouffe.

Une belle rue toute bordée d'arbres matures, une rue paisible où il faisait bon habiter. Nous y sommes restés deux ans seulement et ce fut deux belles années. Je me remémore ma vie de jeune mariée, supportée par ma voisine de palier, Pauline, qui a marqué le début de ma vie matrimoniale par sa jovialité, sa disponibilité lors de la naissance de Christiane et tous les mets qu'elle nous apportait fréquemment. Je regardais ce couple vivre en harmonie et cela m'impressionnait. Ils avaient réussi l'étape des cinq premières années de vie commune. Je gardais en mémoire tout ce que je trouvais bien et agréable chez ce couple et j'espérais réussir aussi bien qu'eux. Je nous le souhaitais.

Deux êtres doivent s'ajuster

Nous avions suivi des cours de préparation au mariage par correspondance puisque nous ne pouvions les suivre ensemble lors de nos fréquentations, à cause de la distance. Tous deux, nous nous appliquions à se plaire autant que bonne volonté est complice.

Enfin, installés dans notre coquet petit logis, et bien préparés tous les deux pour entreprendre cette aventure quotidienne qu'est le mariage, nous avons toute la vie pour nous connaître et pour moi, cela allait de soi: ce serait facile avec un si bon époux bardé de grandes qualités.

Au fait, que mange-t-il cet homme, pour son petit déjeuner? Je me lève très tôt le premier matin de son retour au travail pour lui préparer son déjeuner. Je le faisais avec une volonté très déterminée : œufs, bacon, café, crème, etc. L'homme qui m'a choisie n'a pas voulu que je lui prépare son déjeuner qu'il m'aurait tant fait plaisir de le voir savourer. Son refus me laisse perplexe.
- Non, dit-il, je le prépare moi-même selon ma technique.
- Ah bon! Mais je peux si tu veux.
- Non, non, répète-t-il fermement.
- Mais grand Dieu! Tranche de pain, beurre d'arachides, verre de lait, ce n'est pas compliqué! Voilà, assieds-toi, je te sers.
- Non, affirme-t-il, il me faut t'expliquer:
1. tout d'abord le beurre d'arachides doit être mou donc ne pas le mettre au réfrigérateur;
2. l'appliquer sur la tranche de pain et ajouter le beurre sur le dessus très mou lui aussi;
3. ne pas couper la tranche parce que j'aime bien mordre dedans, c'est tellement meilleur avec un verre de lait et voilà tu vois que c'est pas compliqué.

Tu as bien raison, cher Bernard! Après tout, ne me suis-je pas mariée pour m'instruire auprès de toi et apprécier tes us et coutumes?

Le troisième matin, je le regarde encore préparer son déjeuner. Il me fait pitié et je réitère mon offre du breakfast américain. Rien à faire, c'est cela qu'il aime savourer. Il me regarde et il me suggère de ne plus me lever pour le regarder manger. Il m'incite à bien vouloir demeurer au lit et me remercie de ma bonne volonté.

Heureuse d'entendre ces bonnes paroles et voyant qu'il se débrouille très bien, je ne me suis plus jamais levée le matin pour lui préparer son petit-déjeuner. Enfin, je peux farnienter au lit pour la première fois de ma vie et méditer sur mes découvertes de ce personnage que Saint-Jude m'a envoyé. Je désirais un homme exceptionnel, je crois avoir été exaucée. Merci Saint-Jude.

Enfin, que vais-je faire de mon temps dans ce petit appartement? Moi, habituée dans les auberges et le public, je me sentais inutile. Je n'avais même pas de lunch à préparer. Un gérant de département n'apporte pas son lunch, cela va de soi.Lors de notre mariage, Bernard gagnait soixante-cinq dollars pour une semaine de cinq jours et demi. Il travaillait le samedi matin et, heureusement, à l'automne de la même année, cela s'est terminé. Je trouvais agréable sa compagnie au lit le matin. Faire l'épicerie coûtait de douze à quinze dollars par semaine - invités inclus - et le loyer coûtait soixante-cinq dollars par mois. Nous n'avions pas d'auto et nous marchions pour faire les commissions. Durant cette période, Bernard prenait le tramway pour aller à son travail; c'était les dernières années des tramways dans Ahuntsic.

La rue Durham, parallèle au terrain des Sœurs du Bon Conseil, demeurait un coin de paradis dans cette grande ville. Notre balcon arrière faisait face à la rivière des Prairies et la tranquillité environnante me plaisait beaucoup. Je n'aimais pas la ville et, pour moi, vivre en ville n'était que temporaire. Je ne connaissais pas l'avenir, mais mon espérance était grande d'aller vivre en banlieue. La maison que nous habitions était divisée en trois logis : un grand cinq et demie au premier avec sous-sol et deux trois et demie au deuxième, une seule entrée et un seul palier pour les locataires du haut. Je n'étais pas habituée à ce genre d'habitation et je trouvais cela très écho et très près des voisins. Le locataire d'en bas entretenait le terrain et paysageait abondamment; son îlot de roses embaumait nos soirées d'été lorsque nous veillions sur le balcon arrière.

La compagnie de nos voisins, Pauline et Gérald, était divertissante. Parfois, nous jouions aux cartes ou au Scrabble. Pauline était enceinte lors de notre installation et elle accoucha le 7 septembre d'un petit garçon; leur joie était au comble. Leur petite fille Louise, Loulou, était toute fière de son petit frère Normand Ti-Pit. Pauline me parlait de ses grossesses, de sa vie de famille, de sa vie de couple et de son amour débordant pour ses enfants. Un bel exemple à retenir puisque je voulais des enfants.

Il n'était pas question de retourner travailler à l'extérieur. Mon mari ne le voulait pas et puisque nous étions d'accord pour avoir des enfants, j'aurais bien assez d'occupation. Il ne s'est pas trompé, nous en avons eu six en treize ans de vie commune.

Bernard adorait son premier chez soi. Il le mentionnait souvent et, au début, il me trouvait facile à vivre; il paraît que j'avais bon caractère. Je faisais de mon mieux pour lui plaire : entretien impeccable du logis, nourriture maison, cirage des souliers, pressage des habits, je me trouvais très chanceuse de ne plus travailler à l'extérieur. Quelle délivrance de l'hôtellerie!

Durant notre premier été, je m'ennuyais et je lui demandais d'aller à la plage le dimanche après-midi, mais il n'aimait pas les plages publiques, surtout le dimanche. Nos modestes moyens financiers restreignaient nos dépenses et nous suivions strictement le budget planifié par Bernard. Il me donnait un peu d'argent de poche et j'étais heureuse ainsi. Tout nouveau tout beau!

Heureusement que sa sœur Denise et son mari Jean nous invitaient souvent. Jean venait nous chercher avec son camion, un rituel tous les mercredis soir. Nous jouions au Monopoly chez eux puisqu'ils avaient deux filles dont une petite de neuf mois, Michelle, et Louise qui était âgée de quatre ans et demi.

Le premier été, j'ai attrapé la téléphonite: mes trois sœurs, ma belle-sœur Denise, mes amies emménagées à Montréal, toutes m'appelaient fréquemment. Il m'arrivait de passer des après-midi au téléphone. Je ne comprenais pas leur besoin de m'appeler presque tous les jours et, parfois, je me sentais envahie. Je me retrouvais en vêtements de nuit en plein après-midi. Cela s'explique puisque toutes ces femmes étaient à la maison avec des enfants et le téléphone devenait le loisir de leur vie. Il en fut de même pour moi pendant longtemps. Sans exagération, il m'arrivait de jaser une heure et plus au téléphone par jour. J'avais bel et bien attrapé cette maladie qui fait dépenser beaucoup de temps et de salive aux femmes au foyer. Ce moyen de communication avait trouvé en moi une nouvelle recrue. Cela me rappelle les Belles-sœurs de Michel Tremblay.

Avec un recul de plusieurs années, j'en déduis fièrement que c'était un outil indispensable pour nous, les femmes au foyer. Nous nous aidions les unes les autres pour l'éducation des enfants, pour l'apprentissage de la vie à deux, pour la compassion dans nos difficultés, etc.

Un beau dimanche après-midi d'automne, nous recevons un ami personnel de Bernard, un monsieur de Vyneland dans le New-Jersey qui est président de sa compagnie spécialisée en appareils de laboratoire. Ce gentilhomme avait invité Bernard pour deux jours dans les Laurentides à ses frais. Il voulait voir les couleurs du Nord et discuter d'affaires et de leur carrière de représentants pour l'avancement des sciences dans l'enseignement. Je ne suis pas invitée et cela me déçoit. Ce monsieur célibataire possédait tous les atouts du mâle prédateur, beau, grand, svelte, gentil, éducation remarquable. Généreux avec nous, il nous invitait à souper chaque fois qu'il séjournait à Montréal. Il vivait avec sa mère dans la maison familiale. J'accepte que Bernard l'accompagne, mais je me demande bien pourquoi je ne suis pas invitée. Je remarque que cet homme pose de longs regards sur mon mari et je réfléchis longuement sur eux après leur départ.

Justement, ce même dimanche, avant l'arrivée de l'Américain, je propose à mon mari de faire l'amour en mentionnant que je veux un enfant. Une consolation peut-être d'être laissée pour compte. Il me trouve un peu spéciale mais s'exécute avec plaisir. Ce fut une décision fructueuse puisque nous avons conçu notre premier enfant par ce bel après-midi de la fin septembre.

Le lendemain, ma conversation avec Denise, ma belle-sœur, porte sur le sujet. Elle est perplexe elle aussi mais nous faisons confiance à Bernard. Mes doutes sur l'orientation de ce monsieur n'ont jamais été confirmés par mon mari, mais celui-ci a pris ses distances avec ce bel homme d'affaires. C'était dommage pour moi, nous n'avons plus jamais mangé dans un grand hôtel à ses frais!

Quelques années plus tard, cet homme est venu me rendre visite car il voulait connaître nos filles. Il savait mon mari absent et il tenait à venir quand même. Il est arrivé avec des cadeaux et des bonbons pour elles. Elles ont gardé longtemps en mémoire ce personnage inconnu comme un merveilleux souvenir. Il ne parlait pas français et moi si peu l'anglais. Il avait soupé avec nous. Je crois qu'il voulait compenser pour quelque chose. Il est reparti aussi gentiment qu'il était arrivé.

Ah! Quelle sensation j'ai ressentie après son départ, un si bel homme! Je n'aurais pas trompé mon mari, mais s'il avait eu le tour avec les femmes, je crois que j'aurais refusé sa visite.

L'espoir d'une grossesse est au rendez-vous! Je caressais mon ventre en demandant : " Es-tu bien là, petit ovule, accompagné d'un spermatozoïde de ton papa que j'ai choisi pour toi? " " Oui, je suis là, me répondit intuitivement ce petit embryon, tu verras bien dans quelques jours." Oui, elle était bien conçue, dès le premier essai, puisque je suivais la méthode Ogino depuis quatre mois, ce qui me contrariait car je voulais un enfant.

Je ne m'aimais pas tellement dans mon nouveau corps. Le surplus de poids me rendait anxieuse; j'avais gagné trente-cinq livres durant ma grossesse. Faire de l'exercice était tabou à l'époque pour une femme enceinte, je marchais peu et je prenais des cours de couture afin de préparer la layette du bébé. Je cousais tout cela avec la machine à coudre prêtée par ma voisine Pauline. Mon futur bébé portera des jaquettes de toutes les couleurs pastel. Pas question de bleu ou rose uniquement, alors j'innove dans le jaune, le lilas, le vert. C'est super joli, mes petites jaquettes, ma spécialité, elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Un garçon portait aussi des jaquettes à la naissance, les pyjamas étaient de mise seulement vers l'âge de six mois. Nous avons eu un petit débat comme tous les couples sur le choix de son nom et j'ai eu le dernier mot. Bernard proposait Claire ou Hélène et moi je proposais Christiane ou Christian, je ne démordais pas. Ce fut Christiane et Claire.





Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel.com/copains
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