Mes origines, ma famille


Mes grands-parents maternels

France Grégoire et Dométilde Paradis sont omniprésents dans mes souvenirs d'enfant.

Je m'étais créé un personnage imaginaire de grand-père France en écoutant les anecdotes racontées par ma mère, parfois avec des détails savoureux. Celle-ci colorait les événements à sa façon pour me les rendre intéressants et il est certain qu'elle lisait sur mon visage tout l'intérêt que je manifestais; ce qu'elle ne savait pas, c'est que, moi aussi, je lisais sur son visage.

Elle me transportait dans son temps en caricaturant mon grand-père; je faisais connaissance avec lui. Ce personnage me fascinait, il me berçait comme il l'avait bercée très longtemps, jusqu'à la veille de son mariage, disait-elle. Je me sentais aimée de lui comme il l'avait aimée, elle, sa petite dernière. J'étais heureuse et fière d'avoir un grand-papa gâteau.

Elle me le présentait amoureux de grand-mère. Il m'arrive encore d'informer mes enfants de la vie d'enfant, d'adolescente et d'adulte que ma propre mère a vécue, du moins jusqu'à l'âge de seize ans. Je l'enviais, mais j'étais fière qu'elle ait connu une vie bourgeoise et une vie de famille harmonieuse.

Grand-mère Grégoire était de santé fragile mais, paraît-il, elle avait tendance à exagérer, selon les dires de ma mère, et que cela agaçait les enfants. Grand-mère savait apprécier les attentions et les délicatesses de son époux; elle ajoute que c'était pour mieux profiter de lui qu'elle avait tendance à l'exagération.

1854-1926 Mémoire maternelle - Ma mère, ma muse

Que j'aimais l'entendre se raconter! Mes questions débordantes de curiosité sont satisfaites par ses réponses remplies de joies, de peines et de nostalgies mystérieuses. Je vibrais au rythme des événements de son enfance. Elle devait posséder le don de captiver mon attention puisque ses souvenirs sont devenus les miens.

Lorsqu'elle se racontait, je photographiais dans ma tête son allure d'enfant de huit ans aux cheveux blonds, coiffée d'un petit chapeau paysan, habillée d'une petite robe de mousseline imprimée qui lui va jusqu'aux mollets et ses petites bottines noires en cuir mat. Je la trouvais mignonne dans ma tête.

Ainsi, bien toilettée, elle assistait à la messe du dimanche dans sa paroisse natale à Tingwick, dans les Bois-Francs. Elle était la cadette de la famille.

Au retour de la messe, elle troquait sa robe de mousseline pour une autre toilette tout aussi élégante, en tissu indien. Elle allait cueillir des fraises en après-midi avec sa mère et ses sœurs, afin de concocter un bon pouding aux fraises des champs pour le souper du dimanche soir.

Dans ce beau village entouré de collines et de forêts denses, là où plusieurs colons défrichaient les terres à même les forêts, eux vivaient du labeur de grand-père Grégoire dont le métier de tailleur, couturier et patroniste n'avait point de concurrence.

Elle avait eu la chance, disait-elle, d'apprendre l'anglais parmi les anglophones écossais, irlandais, anglais, tous immigrés dans ces vastes régions dont ils étaient la population majoritaire.

Elle, petite francophone, s'était bien vite assimilée à tous ces gens, riches de cultures différentes; elle s'était approprié facilement la langue anglaise, elle mentionnera souvent que ses meilleures amies étaient des Anglaises et que cette langue fut pour elle la richesse de ses études, car jamais elle n'a perdu son anglais. Elle écrivait cette langue pour les autres francophones qui devaient transiger avec les gouvernements, les employeurs, les voisins et les marchands généraux. Fière de son savoir, elle se savait respectée et j'ajoute qu'elle était parvenue au niveau d'enseignante dans ses études. Elle adorait l'histoire et la géographie.

Sa famille était composée de deux garçons et de trois filles, une petite famille pour l'époque, peut-être que mes grands-parents savaient, eux, limiter le nombre d'enfants; sur ce point, l'exemple des Anglais dominait : eux, leur religion ne condamnait pas «l'empêchement de la famille» tandis qu'au sein de l'Église catholique, on ne pouvait discuter du nombre d'enfants. En effet, le clergé incitait et insistait sur le nombre d'enfants qu'une famille pouvait compter : il fallait se rendre au moins à douze enfants pour prouver qu'on avait fait son devoir conjugal.

La main-d'œuvre étant nécessaire pour la colonisation du pays, c'était la survie des Franco-Canadiens et des Québécois qui en dépendait, les familles nombreuses étaient présentes dans toutes les régions de la province. Comme il fallait bien rivaliser avec les Anglais, ce moyen astucieux et réussi a fait du Québec une province à majorité francophone. Une fierté à ne pas négliger!

Tragédie familiale

Un jour, quelques années avant le mariage de mes parents, alors que la famille Grégoire s'était transportée aux frontières de la Beauce, près de Thetford Mines, la fatalité frappa de plein fouet la sérénité familiale. Mes deux oncles, Antonio et Ernest, travaillaient dans la construction lorsqu'un accident est survenu et qu'un homme mourut par leur faute… paraît-il.

En se transportant dans le temps, à l'époque de 1910-1915, on se demande ce qu'aurait été leur sort face à la justice. L'histoire ne dit pas s'ils ont comparu devant celle-ci, mais maman me dit que grand-père les a fait s'exiler pour toujours dans un pays lointain dont ils ne sont jamais revenus. Je rêve de découvrir ce mystérieux secret qui fut gardé dans le plus grand silence.

Je les imagine aujourd'hui réfugiés en Australie, au pays des exilés, brigands de tous calibres. Ce grand bouleversement mettait fin à la renommée de cette belle-famille jusque-là paisible et sereine.

En 1995, lors de mon voyage à Sydney, j'ai découvert des familles Grégoire dans l'annuaire téléphonique… alors je suis moins perplexe sur leur pays d'exil.

Sans eux

Comment vivre après une telle tragédie? La famille était amputée de deux garçons aimés de leurs parents. Leur amour s'est alors porté davantage sur leurs trois filles.

De par sa profession, grand-père confectionnait l'habillement de grand-mère et celui de ses filles. Ces quatre femmes complétaient leurs toilettes de jabots de dentelle et de fine broderie. Il paraît que leurs toilettes faisaient l'envie de leur entourage.

Je revois cette magnifique photo de famille accrochée au mur de notre maison, déposée dans un cadre ovale de couleur gris foncé, presque noir, fermé par une vitre bombée. À l'intérieur, ce beau grand-père debout, grand, mince, à la moustache frisée et les cheveux encore foncés, portant l'habit d'occasion avec nœud papillon, la main gauche appuyée sur le dossier de la chaise et la droite sur l'épaule de grand-mère; sans me lasser, je regardais ces trois filles assises près de leur mère, dans des fauteuils victoriens capitonnés et garnis de velours.

Je les trouvais jolies avec leurs coiffures arrondies et décorées de jolies broches sur le dessus de la tête, les quatre coiffures identiques et les quatre robes de même modèle : style princesse à la taille, boutonnées sur la longueur, jabots et poignets de dentelle, manches bouffantes jusqu'aux coudes et affinées pour recevoir le poignet.

Elles se ressemblent, toutes de vraies bourgeoises et de bonne taille, c'était l'époque où les femmes bien portantes étaient très appréciées. Jolies, avec de beaux visages énigmatiques ni souriants ni tristes, je dirais plaisantes à regarder, je ne me lassais pas de les admirer… j'aurais voulu percer l'intérieur de ces âmes pour aller chercher le meilleur en chacune d'elles.

En m'attardant sur les yeux limpides de grand-père, j'avais l'impression qu'il ne regardait que moi. Tout en observant grand-mère de plus près, je cherchais les signes d'une personne maladive mais cela ne lui convenait pas du tout, elle semblait très bien portante. Aurait-elle joué la comédie dont on m'avait parlé? Non, grand-mère aussi devait être parfaite.

Comme j'ai bien fait d'imprégner cette photo dans ma mémoire! Cette pièce unique a brûlé avec notre maison il y a cinquante ans. Ce fut un deuil à vivre de ne plus jamais revoir cette photo qui fut pour moi la seule communication avec mes grands-parents maternels.

Dans ma mémoire, je conserve les souvenirs racontés par ma mère. J'essaie de les transmettre comme une semence féconde dans mes écrits.

Ma mère est née le 26 mai 1894. Elle est décédée le 12 octobre 1961.

Lors d'un séjour à l'hôpital en 1969, après quelques jours de repos, tout en réfléchissant à mon vécu du moment, j'ai senti monter en moi une reconnaissance envers ma mère que je mis sur papier au moment même de mon inspiration, comme un jet d'amour envers elle.

Je le dédie à toutes ces grands-mamans et mères de familles nombreuses qui nous ont quittés, parfois trop jeunes, parfois trop tôt, usées par différentes misères, parfois bafouées dans leurs aspirations ou accrochées à leur religion, à leur conjoint pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la mort, leur seule délivrance.

Poème dédié à ma mère

Ma mère cette inconnue
À l'église, je te vois mains jointes penchée sur ton banc
Grande, forte, inébranlable dans ta foi et ta religion
Priant pour changer ton homme et ta misère.

Dans ta mansarde aux murs glacés
Tu fredonnais des chansons anciennes
Attendant un regard d'amour ou d'amitié
De Joseph ton bien-aimé.

Chère maman, comment oublier
Penchée sur tes modèles de tricots dessinés
Pour nos mains enfantines et nos pieds agités.

Je te revois sans cesse, t'oubliant totalement
Tout en popotant, cousant, tricotant
Nous endormant au son du rouet, filant en chantant.

Que de matins, sortant de notre chaumière
Avec au cœur la chaleur de tes mains bienveillantes
Enveloppant nos corps de tes tricots multicolores
Nos cous enroulés de foulards colorés
Nos têtes enveloppées de tuques appareillées
Ces matins froids d'hiver, bien enveloppés
Restent des souvenirs, comme un baume sur notre pauvreté.

Maman, pourquoi faut-il attendre si longtemps
Pour reconnaître l'être irremplaçable dans nos vies
Celle que l'on connaît trop tard, qui nous quitte trop tôt
C'est la personne unique qui laisse en nos cœurs
La route à suivre pour l'accomplissement de soi-même.

La cage dorée éclatée

Après le départ de mes deux oncles, dont l'histoire fut gardée dans le plus grand secret, je me suis souvent demandé où ils étaient et ce qu'ils faisaient. Je me sentais triste pour leurs parents, leur famille, mes pensées volaient vers eux lorsque j'entendais la chanson «Un Canadien errant».

Avec les trois filles que mes grands-parents avaient, la vie avait repris son cours tristement, leur vie basculait et la famille devint un peu fermée sur elle-même. Grand-père ne voulait pas que ses filles travaillent à l'extérieur et leur vie sociale fut limitée au strict nécessaire.

Mais Cupidon veillait sur ces trois femmes que l'on disait remarquables.

Tante Dométilde rencontre son prince, Joseph Couture et ils s'expatrient aux États-Unis. C'est l'époque de l'exode québécois vers les usines de textile dans le Maine et le Massachusetts entre les années 1870 et 1920.

À cette époque, grand-père commence à réaliser qu'il pourrait faire carrière dans ce pays, étant donné son métier de tailleur-couturier. Il partira rejoindre sa fille aînée après le mariage de sa cadette.

La seule tante que j'aie connue, tante Armédia, convole avec son cousin germain, oncle Thomas Paradis; leur mariage sera heureux et fécond. Leur grand amour ne laisse pas la cadette indifférente : lorsqu'elle voit ses parents heureux ainsi que ses deux sœurs, elle aspire elle aussi au mariage le plus tôt possible.

Mais grand-père resserre sa surveillance auprès d'elle. Il est bon pourvoyeur et il veut la garder auprès d'eux le plus longtemps possible. Dans cette cage dorée, l'ouverture sur le monde de la jeunesse est restreinte, mince, presque fermée. Elle se sent oisive, surveillée et étouffée entre deux êtres… ses parents qui s'aiment comme des tourtereaux. Considérant sa situation, elle devient contestataire vers l'âge de dix-sept ans; elle dira qu'il lui fut donné de se révolter contre eux jusqu'à être jalouse d'eux.

Refusant de se mouler aux exigences de ses parents, elle réalise que sa seule issue est de se marier elle aussi. La confection de dentelle, la broderie, ses exercices de chant dans la chorale ne suffisent pas à combler son vide.

Elle regarde vivre ses parents, son père attentif pour sa mère, prévoyant, délicat et débrouillard dans les travaux domestiques. Je serai choyée moi aussi, se disait-elle, comme ma mère.

Elle refusera de suivre ses parents aux États-Unis et préférera demeurer près de sa sœur Armédia. Son choix est fait, elle se trouvera un mari et finie la soumission. Selon elle, mariage veut dire liberté.

Plus tard, beaucoup plus tard, elle me donnera ses impressions : «Ils m'ont mariée pour se débarrasser de moi ou bien pour s'exiler le plus vite possible aux États-Unis». Elle ajoutait : «Mon père avait hâte d'être seul avec ma mère pour la gâter davantage, c'est tout ce qu'elle désirait».

Je la trouvais bien sévère pour ceux qui lui avaient donné une enfance dorée. «Ingrate», je me disais. Je ne pouvais briser l'image de ces grands-parents dans mes pensées.

Mon père fidèle à lui-même
(31 janvier 1885 - 13 décembre 1964)


Je respectais mon père dans son silence; nous avions lui et moi quarante-huit années de différence. Dans mes souvenirs, je le revois alors que j'avais environ huit ans; sa grande pudeur m'empêchait de le questionner à ma guise, je ressentais son trouble mystérieux lorsqu'il hésitait à me répondre. Son sourire en coin et ses yeux rieurs me regardant un peu de travers me confirmaient une certaine complicité dans notre communication.

C'était un homme doux, patient, un travailleur acharné, très courageux. Il possédait une sobriété naturelle, ne jurait pas et ne consommait aucun alcool; pour lui, la dépendance pour la cigarette n'a jamais existé. J'observais cet homme, mon père, à distance. Je l'épiais parfois à son insu et j'apprenais beaucoup de sa personnalité. C'était un bel homme, cheveux bouclés poivre et sel, yeux brun foncé, forte stature, pas très grand (cinq pieds et huit pouces), il avait les épaules larges et les bras forts. Lorsqu'il marchait vers ses champs ou son écurie, il se parlait en tenant ses bretelles avec ses pouces, il regardait la ligne d'horizon pour vérifier la température de la journée; j'avais l'impression qu'il parlait aux nuages, j'épiais dans le même sens.

J'ai appris de lui combien la vie rurale est précieuse. Avec le labeur de l'époque, sans instruments mécanisés, la débrouillardise pour faire fructifier la terre devenait l'atout indispensable pour faire survivre une famille nombreuse. J'ai fini par apprendre à mieux le connaître. Il possédait un amour débordant pour ses chevaux. Maquignon dans l'âme, il n'hésitait pas à échanger un bel amour de cheval contre un autre animal plus décevant. C'étaient des peines d'amour qui coûtaient cher financièrement, au grand désespoir de ses dépendants. Les soins qu'il donnait à ses chevaux et aux autres animaux étaient sans contredit des moments privilégiés pour lui. Il avait une âme de vétérinaire, je pourrais le surnommer «l'homme qui parlait à ses animaux».

J'admirais la somme de travail qu'il accomplissait à son rythme; je me souviens de ces nuits passées à la cabane à sucre pour surveiller l'eau qui bout afin d'en faire du bon sirop d'érable. Je revois les chevaux tirer les barils d'eau d'érable dans la neige folle, mon père les guidant tout en les encourageant. Pour moi, ces images sont impérissables.

J'aimais le suivre un peu partout, il me surnommait «chou-chou». Cela me plaisait! «Viens ma chou-chou», disait-il, et c'est ainsi que je m'imprégnais de son courage, soit aux champs l'été, aux labours l'automne, à la herse et aux semailles au printemps, à la récolte en fin d'été, sans oublier les hivers que j'affectionnais beau-coup. Durant la coupe de bois, lorsque j'allais lui porter un dîner chaud, pensive sur les chemins battus qu'il aimait tant à conserver en bon état pour notre plus grand bien, sur la route de l'école à travers l'érablière et la savane, je me sentais bien importante.

Je n'aimais pas ramasser de la petite roche pour en faire des clôtures, ce genre de barricades où l'on enfermait certains animaux comme les petits cochons ou les petits moutons. Pour lui, clôturer sa terre était d'une importance capitale; c'était l'insulte suprême lorsque ses voisins se montraient négligents dans ce domaine, ça le faisait sortir de son mutisme, nous sentions qu'il n'appréciait pas certains d'entre eux par rapport à cette négligence. Quelques qualificatifs leur étaient attribués, ce que nous trouvions très indécent, venant de notre père. C'est qu'il n'avait pas tout à fait tort! J'ai appris que les animaux des voisins se promenaient parfois sur notre terre et c'était inacceptable car le gros bétail ne devait pas se mélanger, les races d'animaux devaient être respectées d'un troupeau à l'autre. Alors, si un bon taureau sautait la clôture mal en point, les vaches de mon père subissaient les conséquences de la clôture mal brochée du voisin; nous n'avions pas de fil électrique à l'époque, alors non seulement la race animale était menacée, mais la relation père-voisin devenait assez perturbée.

Parfois, le voisin ne savait pas pourquoi mon père le boudait, mais nous, nous le savions. C'était ce problème de clôture et ces voisins irresponsables de leurs animaux, disait-il. Aussi, l'estime qu'il avait pour eux descendait de plusieurs crans durant la saison houleuse, lorsque les animaux étaient au pâturage.

Je comparais son langage avec celui un peu pointu de ma mère; il avait conservé plusieurs patois acadiens, héritage de ses ancêtres. J'ai reconnu son langage en lisant les livres d'Antonine Maillet, La Sagouine et Pélagie la Charrette. Les origines acadiennes de mon père remontent jusqu'à 1728 à Beauport (Québec), en 1737 à Grand-Pré (Nouvelle-Écosse) et en 1766 à l'Assomption au Québec (Une partie de l'arbre généalogique des Landry).

En Acadie, lors du grand dérangement, plusieurs familles furent déportées jusqu'en Louisiane et sur les côtes du Maine. Mon grand-père Landry, prénommé Charles à Charles, devait venir de Beauport puisqu'il s'est installé aux frontières de la Beauce, là où il se serait marié.

Au début des années 1860, il a épousé Célanire Gilbert. De cette union, je sais que huit enfants vécurent, six garçons et deux filles; mon père, né en 1885, était l'avant-dernier des enfants, tous en bonne santé. Ils vécurent jusqu'à un âge avancé, entre 80 et 88 ans, à l'exception de deux, décédés du cancer vers l'âge de 45 et 65 ans.

Né dans une famille de défricheurs, Joseph, mon père, apprit les rudiments de la terre en bas âge, auprès de ses cinq frères. Sa famille, établie dans les années 1900 dans la région de Saint-Pierre-de-Broughton et de Saint-Antoine-de-Pontbriand, comté de Mégantic, est demeurée une famille terrienne de père en fils. Cependant, dans quelques familles, certains des descendants embrassèrent d'autres carrières. Grand-père Charles et grand-mère Célanire semblent avoir oublié d'envoyer leurs fils à l'école du rang. Les bras de six garçons étaient rentables pour défricher les terres de grand-père. Il devenait prospère, grand-père Charles!

Je n'ai pas connu mes grands-parents Landry, puisqu'ils sont décédés dans mon bas âge. J'ai ouï-dire par ma mère que ce grand-père avait la main leste auprès de ma grand-mère; de plus, il levait le coude trop fort, ce qui déplaisait et faisait dire à ma mère que les six garçons de la maison auraient dû protéger cette pauvre grand-maman. Ma mère avait beaucoup de sympathie pour sa belle-mère. Elle a souvent mentionné que cette situation ne lui arriverait jamais et ce fut le cas; ce n'était pas le genre de mon père, il était si doux.

Grand-père offrait à ses fils une terre équipée en instruments et avec un peu de bétail pour les partir dans la vie, disait-il. C'était le salaire payé à ses fils en guise de reconnaissance pour le travail accompli sur le bien paternel. Ceci leur était offert en cadeau de noces mais il fallait fonder une famille pour se prémunir de ce droit : ce que tous firent. L'histoire ne me dit pas ce que les deux filles reçurent en reconnaissance de services rendus auprès de ces six garçons. Je ne sous-estimerai pas cet aspect de grand-père, faute de preuves, mais je me pose cette question : «Comment n'ai-je pas pensé questionner ma mère sur ce sujet tabou à l'époque : la reconnaissance envers les filles».

Derrière lui, il n'a laissé ni ennemi ni ami, il est parti doucement sans nous donner de soucis, peut-être avait-il peur de nous déranger. Dans son silence, il nous a quittés comme il avait vécu.

N'oublie pas que c'est Dieu qui vient chercher ta main
N'oublie pas que c'est Dieu qui reviendra demain.





Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel.com/copains
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