Une cloche
	
Ce n’est pas une cloche de cathédrale. C’est une petite cloche igno-
rée que je veux tirer de l’oubli: la cloche de la porte.
Depuis qu’elle sonne, depuis dix, vingt, trente ans, elle a procuré
des émotions, cette petite cloche. Personne n’en parle….hormis quelque
poète !

Brrr! Tout le monde s’agite dans la maison;
la cloche de la porte a sonné.
On se regarde, on hésite, puis on va ouvrir. Qui est-ce ?
Brrr! C’est la tristesse qui entre, annoncée par le son de la cloche.
Elle apprend la mort d’un ami; vous apporte le deuil d’un parent;
le récit d’un accident; la commune souffrance sous l’une ou l’autre de ses
formes.

Brrr! Répète la cloche. Cette fois, c’est le souci.
C’est le boulanger qui présente son compte,
le propriétaire qui réclame son dû, le médecin…
Brrr! Cloche ! Cloche ! Tais-toi.  A moins que ce soit la joie qui
veuille entrer cette fois.

Entre donc, tu ne viens pas assez souvent chez nous.
Répands tes parfums et donne à chacun son sourire.
C’est un chant d’allégresse. Sonne, sonne toujours de cette façon !

Paul des Erables, pseudo
Elie Bourgault
L’Action Catholique, 22 mai 1920                   






Source: Le village virtuel des 50 et plus
http://www.villagevirtuel/copains
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