La chanson des cloches

	Que j'aime le son d’une cloche
	Quand du soir, on sent le frisson !
	L’écouter, quand la nuit approche,
	C’est pour le cœur une chanson.

	Chanson douce, chanson pieuse,
	Qui vole sur l’aile du vent;
	Parfois triste et parfois joyeuse
	Qui nous arrive en caressant.

	Comme l’azur du toit céleste
	Est constellé par un beau soir,
	Il est une chanson qui reste
	Au cœur, comme un filet d’espoir.

	Ce sont les cloches qui sourient
	À l’innocence, au repentir;
	Ce sont les cloches qui marient
	Leurs voix au jour qui va finir.

	Certaines cloches ont des larmes
	Pour les malheureux et pour les deuils;
	Leur âme est celle des alarmes;
	Elles pleurent pour les cercueils.

	Et ces mêmes cloches consolent
	Quelques âmes de leurs efforts!
	Alors que les maux nous désolent,
	Ces cloches sont douces aux morts.

	Mais il est des cloches si douces
	Qui se perdent dans l’infini !…
	Seigneur ! Est-ce toi qui les pousses
	- Par le doigt d’un ange béni ? …

	Ah! ces cloches ont pour la terre
	Quelque chose ainsi qu’un parfum
	Qui se répand dans une prière
	Et qui sourit dans notre embrun.

	Une belle ! Celle que j’aime
	Avec un bonheur enfantin,
	Est-ce celle qui chante au baptême
	D’un petit être angelin.

	La cloche est parfois virginale
	Et chante au lever du jour,
	L’hymne de l’union conjugale,
	Le beau cantique de l’amour.

	Il en est d’autres qui carillonnent,
	Et celles de Päques en sont ! –
	Il en est d’autres qui bourdonnent
	Quelque chose comme un affront !

	Mais toutes les cloches sont belles
	Car toutes s’élèvent au ciel !
	C’est vrai. Mais les plus solennelles,
	Ce sont les cloches de Noel ! …
	
	Elie Bourgault,
	Ottawa, 1918







Source: Le village virtuel des 50 et plus
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