Venez, chers morts
Novembre, Jour des morts. Au loin, le glas résonne.
Des feuilles d’or partout. Plus d’oiseaux dans les bois.
Et l’aquilon repasse en sifflant, monotone;
Au fond de mon cœur, j’enteds, des morts, la voix.
Les plaintes des «autans» attristent nos demeures,
Car en ces sombres jours, dédaignant le plaisir,
Le foyer est désert, plus longues sont les heures.
O morts ! Venez, venez ! Exaucez mon désir !
Venez tous, chers défunts ! Dans votre vieux domaine.
Venez et mettez là votre visage aimé.
Toi, bonne grand’mère, dans ce fauteuil de chêne,
Qui s’agitent les doigts du geste accoutumé !
Que je vois un sourire sur tes lèvres ridées !
Que je vois voltiger la laine du tricot.
Remets à mon esprit, tes sublimes pensées.
Ce que la mort, hélas ! a moissonné trop tôt.
Toi, mère si bonne et si grande dans l’âme,
Toi qui m’aimais tant ! Et que j’ai tant aimée !
Depuis dix ans, hélas ! en vain je te réclame,
Je t’aime d’autant fplus que je t’ai regrettée.
Et toi, doux père, hélas! échappé de la terre
Sans doute pour revoir ton épouse, et maman.
Ah! venez aussi; qu’un peu de lumière
Où vous vivez, tombe sur votre enfant.
Et vous, frères cadets, dont l’äme au ciel rayonne,
Angelets qui volez au paradis de Dieu;
De maman et papa, vous êtes la couronne.
Eh ! Vous aussi venez veiller un peu.
Étalez à mes yeux la blancheur de vos robes.
Unissez-vous à moi. Nos âmes encore sœurs
Se diront la chose, ô destin ! que tu dérobes
Et qui pourtant serait consolant pour le cœur.
Que je vous vois là, tous, autour de la table;
Que je vive de vous pendant quelques instants;
Que j'entende de tous, cette voix délectable;
Me parler de là-haut, en termes ravissants.
Répandez en mon âme, un dégoût pour ce monde !
Qui fasse naître en moi le désir du beau ciel.
Que le trop de bonheur qu’en votre âme, abonde
Retombe sur moi comme un rayons éternel !
Elie Bourgault,
Ottawa, 1919
L’Action Catholique, 31 octobre 1919, p. 7
Source: Le village virtuel des 50 et plus
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